Les nuits noires d’Aragon

cielAh, que ce fut tendu ! Cette météo nous aura fait danser et jacasser jusqu’à la dernière minute!

Finalement c’est décidé,  nous partons jeudi 29 Mai à 3h00. Après pas mal de réunions, de coups de fils pour les locations et d’investissement de chacun dans le projet, nous voilà en pleine nuit devant le Manoir des sciences à précieusement caler les télescopes, les montures et tout l’équipement de cette équipée d’astrams.

Dans le camion  » matos » : moi, Jean et Patrice. Dans le Trafic, le reste de l’équipe ouvre la route. Désormais c’est trop tard, Aragon nous arrivons !

Nous sommes seuls sur la route et le trajet à allure  » raisonnable  » passe malgré tout assez vite.  Les Pyrénées nous offrent un premier cadeau. Ici le printemps est encore jeune ! Le spectacle est juste unique ! Nous serpentons entre les eaux folles des torrents et les innombrables cascades ! Entre les verts nuancés des flancs qui revivent et les blancs obstinés des sommets qui rechignent ! Nous oublions notre fatigue, avec les Milans et les Vautours Fauves notre enthousiasme grimpe de plus bel. Une pose au pied du tunnel, avant l’Espagne , quelque sandwichs, des photos et des  ricochets dans l’eau de fonte. Plus que 140 kms … !IMG_0276

Midi passé, nous sommes dans un autre pays et c’est génial ! Ce Soleil nous rassure et nous admirons ces lacs bleus, verts au milieu desquels, des arbres  semblent figés entre deux rives. L’ouche altière, ils donnent une beauté ambigüe à ce lieu. En aval, les hommes se jouent de la nature. En freinant ces eaux ils freinent mon enthousiasme … !IMG_6572

La topologie change rapidement ! Depuis une heure, notre route  ne négocie plus avec la Terre, elle est là, seule, droite, noyée dans la Pampa. Les nuages éparses donnent un supplément d’âme nécessaire à ce décor pour la rencontre avec notre ambassadeur : La cigogne ! Une rupture soudain dans l’inertie de notre  » route 66 « . Un virage à gauche, puis à droite, nous descendons, face à nous Ontiñena. Nous sommes arrivés … !19

 

Marie n’a pas le temps de souffler. Seule du groupe à parler couramment l’espagnol, elle organise rapidement la rencontre avec nos hôtes. D’abord Encarni et son regard d’un rare mélange de douceur et d’aplomb ! Nous la suivons. Les rues sont petites, on y passe qu’a un véhicule à la fois mais elles ne sont pas en sens unique ! Ca va être rock n’roll …

Chacun s’installe et trouve ses marques. Il y a 12 heures que nous sommes partis. La fatigue nous rattrape, on en oublie le chant des moineaux et des martinets. Ce soir on part à la rencontre d’un ciel trop rare chez nous. Un ciel loin des hommes et de ces éclairages qui éteignent l’univers ! Alors maintenant,  repos !

Après un premier repas autour des  » tagliatelles carbo  »  nous voilà enfin sur la route vers la  » caseta « . Enfin la route  c’est vite dit ! Depuis que nous avons bifurqué à droite c’est que du chemin bien défoncé que mon pauvre Master n’aurait jamais cru enrouler. Nous suivons le 4×4 de Manolo ( le mari d’Encarni ). Le trajet est long, acrobatique et poussiéreux. Enfin tout le monde s’arrête près de la bâtisse perdue. Le ciel n’est pas engageant. Nous découvrons les lieux avec Manolo. Il nous explique entre autre que nous avons du bois à disposition pour faire du feu dans la grande et trop basse cheminée ( attention la tête ! ).ciel. 4jjpg

Comme à notre habitude, cette météo contrariante n’entame en rien la bonne humeur du groupe. Une fois les instruments posés, réglés et re-re-collimatés nous pouvons enfin … attendre … la migration des nuages ! Alors j’allume un feu ! Un petit feu pour nous réchauffer et distraire notre frustration et puis un plus grand pour nous éclairer ! L’ambiance autour de cette longue table est tantôt studieuse tantôt déconneuse. Le ciel s’offre enfin et là ……………………….. !!!!!!!!!!!!  Je cherche mes repères, il y a trop d’étoiles ! Ah si , ça y est, Véga, Altaïr, Déneb ! Certains d’entre nous sont concentrés sur leurs instruments pour capter par photos ou  » time-lapse « , d’autres font de l’observation. Mars nous fait la fête et Saturne, cette charmeuse, nous fait la courbette  ! Les amas globulaires sont d’une finesse sans pareil ! Les galaxies se découpent ! Mais voilà que l’horizon tire devant nos mines incrédules le rideau de fin ! Nous mettons du temps à nous résigner. Ce soir on dormira plus longtemps … normalement !20140530_Saturne_2

 

 

 

Chacun rejoint ses appartements, demain est une autre nuit. Je suis pour ma part dans la même chambre que Frank et David. Est il besoin de préciser que nous avons nos lits perso’ ? 4 heures plus tard je ne dors toujours pas, j’ai le Major Achbach à ma gauche ! Les techniques de De Funès n’y font rien, je décide de prendre mon matelas et de peut-être finir ma nuit dans les « WC -Salle d’eau » ! Frank semble, lui, capable de dormir avec Capitaine Caverne … ! Première nuit blanche, moi qui suis venu ici pour des nuits noires. David sort de son hibernation. Il a l’air d’avoir … bien dormi !

La matinée se passe au rythme de nos arrivées respectives sur la terrasse, le vrai Q.G. de notre  » expé ‘ astro ‘  » ! Un petit groupe part faire les courses pour pouvoir manger sur le lieu d’observation. L’occasion pour nous de voir une géologie d’une rare beauté et une ville qu’on oubliera vite. Le feu d’hier soir a en effet donné des idées à certains. Ce sera grillades au feu de bois et étoiles en désert (non y a pas de faute … !).

Notre repas tardif se termine en compagnie d’Encarni et de sa fille, Macarena. Maca est venue avec une sorte de mandoline. En plus de partager le gâteau encore chaud d’Encarni, Maca et Jean se partage cette petite 12 cordes pour notre plus grand plaisir (Jean est prof ‘ de guitare et Maca est  » très en place  » ! ).

Aujourd’hui nous partons plus tôt. Nous voulons aussi profiter pleinement du jour. Le ciel est couvert mais il fait chaud et les nuages bougent rapidement ; nous espérons. Sur les hauteurs, le bleu reprend sa place timidement à l’horizon. Avec des cumulus gris-blanc et une lumière mordorée nous avons tous le même réflexe, on s’arrête. La séance photo improvisée est un pure moment de régal. On s’amuse, on rit et on shoote. La tentation est trop grande, je prends mes boomerangs et me voilà en train de  jouer avec ce vent sec et chaud au milieu d’un décor de film, fabuleux !ciel9Espagne 2014

Sur le chemin, accompagné d’une facétieuse Huppe, nous pouvons enfin voir ce que l’obscurité d’hier nous réservait. Nous entrons momentanément dans une parenthèse de verdure, de sous-bois  » provençal  » qui contraste franchement avec la steppe. Une seconde pause photo dans cette lumière champagne. Ici la cueillette est interdite ! On peut en effet se balader entre le thym, le romarin, le genévrier et des orchidées. L’odeur est puissante ! Une femelle Busard Cendré danse au ras des cimes.SONY DSC

Nous retrouvons  » notre caseta « . Le ciel est toujours  » mixte  » donc beau ! L’ouest est en feu alors qu’au nord les orages semblent chatouiller les Pyrénées. Nous, au milieu, dans ce vent puissant qui s’est passablement rafraîchi, on pose nos instruments. Ainsi commence notre séquence délire-photo. Le lieu, la lumière et notre humeur légère se conjugue à travers ce jeu que nous improvisons : faire des  « one-shot » avec des mises en scène pour jouer avec la perspective et mes  » acteurs  » du moment. On est vraiment bien  ici, maintenant. On a tous  » débranché « . Le soleil surf avec la Terre, encore des photos, des rires et des délires. Bientôt Gaïa aura assez tourné. Avec le soleil disparaissent aussi presque tous les nuages. Deuxième et dernière chance pour nous d’avoir une belle nuit noire en Aragon ! Comme la veille, le ciel s’allume étoile par étoile, jusqu’à gagner une densité quasiment double que ce à quoi nous sommes habitués ! Cyril me montre M11 dans son  250 : WWWOUAAAAAHHH !!! M13 ma chouchoute est tellement détaillée dans le Dobson de Sylvie qu’on pourrait compter les étoiles ! Marie me montre avec son 250 : Oméga , La trifide et la lagune. Jamais elle ne m’avait paru aussi évidente ! Mars dans le 250 de Dom. David fait des A.V.I. au 150 . Frank fait des  » time-lapse  » et des poses longues. Dom ( Shootman ), lui, fait des  » star-trails « et du  » Fish-eye « . Jean se caille mais semble bien, loin de tout.SONY DSC Nous réanimons le feu pour faire les grillades. Dans la pièce longue et enfumée on y voit à peine ! Chacun vient prendre sa part de nourriture, de feu, de café ou de compagnie. Dehors, à l’oeil nu, la chevelure de Bérénice est là, nette. Alors que d’habitude … non ! A l’ouest , un bolide venant du sud nous fait faire plein d’éructations tant il prend son temps à s’éteindre ! La nuit avance, les nuages frôlent notre fenêtre.  Presque  4h00, nous profitons du ciel sans les instruments. Juste nos rétines et l’univers ! Frank me fait remarquer que la petite tâche dans Hercule c’est M13 ………….. !!!!!!!!!!! A L’OEIL NU ………….. A L’OEIL NU !!!!!!!!!!!!!! J’en reviens pas ! D’ailleurs, j’en suis toujours pas vraiment revenu ! Légèrement groggy par la durée de notre veille, nous profitons sereinement de ces derniers moments face à ce pan d’univers ici plus prégnant que jamais ! Etrange posture finalement que celle des observateurs de la nuit. Alors que la paupière céleste retombe lentement sur  » l’oeil-Terre « . Nous restons là, à garder les nôtres bien ouvertes pour admirer comme de l’intérieur ces astres brillants tels des phosphènes lointains. Les uns après les autres, imperceptiblement, nous sortons le matériel de la scène obscure vers les coulisses éclairées de mon bahut. Et comme si la décision avait été prise par chacun en son for intérieur durant ces longs derniers instants de contemplation, nous décidâmes de laisser  les fourmis à tête rouge reprendre la maitrise des lieux. Nous quittons la petite maison de pierre en prenant soin de la rendre aussi propre que nous l’avons trouvée, l’odeur de la fumée en plus. Au loin, la lueur de l’aube. Dans  nos coeurs, la chaleur du feu.SONY DSCSONY DSC20140530_211246soleil 2IMG_9589Startrails espagne 4Startrails espagne 2Startrails espagne77

Au pied de la  » casa rural  » il fait presque jour et nous allons nous coucher, enfin presque ! David, Dom ( shootman ), Frank et moi nous regardons comme des gamins qui veulent refaire un tour gratos.  » Allez ! On s’fait l’lever !  » dit l’un d’entre nous ! Nous voilà dans le Trafic à la recherche d’un spot sympa. Finalement notre balade que j’espérais  » Arizona Dream  » se termine sur le sommet d’une colline face à l’est et face à … une lointaine mais très moche ligne haute tension ! Peu importe ! On est pas là pour l’événement céleste mais pour la rareté de l’instant humain. La moindre bêtise nous fait rire démesurément. Nous sommes ivres ! Ivres de cette fatigue qui accompagne les résistants ! Résister face à l’évidence que nous fuyons inconsciemment. Mon Dieu que c’était beau , que c’était bon ! Nous avons accompagné pleinement la Terre d’un soleil à un autre . Les cigognes au dessus de nous partent travailler. Les huppes Fasciées et les grenouilles font office de coq ici !  Nous descendons , les APN blindés de l’aurore Aragonne.115

Il est 8h00 et en dehors de David qui veut traiter ses images tout de suite, nous, nous allons nous coucher.

Midi sonne la fin de la  » sieste  » ! Même pas le début d’un mal de tête ! J’ai une patate … !!! L’impression d’avoir 16 ans ! Les moineaux et les martinets résonnent jusqu’à notre table. Il fait très beau et nous dégustons ces dernières heures Espagnoles. Certains font des balades, d’autres sur leur PC, chargent leurs photos. Nous attendons Mercedes et Cesar. Ils avaient accueilli le club lors du précédent voyage en Espagne !

Comme convenu la veille, Encarni prépare au rez-de-chaussée « La »Paella ! Alors que nous  discutons avec César et Mercedes, une douce odeur monte jusqu’à nous ! Ce soir nous terminons en beauté notre passage à Ontiñena. Evidemment c’était très bon mais surtout c’était eux et nous, maintenant. Dans des moments comme ça on se refuse à admettre que, peut-être, on ne se reverra jamais. Alors on parle, on rit, on partage jusqu’à ce que la raison nous rattrape. Il est 1hoo et nous nous levons à 4h30 ! Nous partons au fur et à mesure dans nos appartements non sans avoir exprimé notre gratitude à Manolo,  Encarni, Macarena et Juanma, si gentils, si discrets !!! A Mercedes et Cesar pour avoir fait plus de 400 kms pour nous voir et aussi pour leur chaleur et leur discussion ! Je ne manque pas cette occasion de leur dire mon sentiment et surtout de voler 2 , 3 bisous supplémentaires à Encarni !12239 (Copier)41 (Copier)44 (Copier)

La sonnerie délicate de mon smartphone me confirme l’heure ; je suis déjà réveillé. Silencieusement, nous vidons les lieux. Rapidement et efficacement nous chargeons les véhicules. Un ultime contrôle avec Sylvie qui soigne le détail. Nous croisons Manolo qui avant d’embaucher est venu nous saluer. Et comme programmé la veille, nous sommes tous prêts. Il est 6hoo. Je suis bluffé !

Dans le Trafic, David et le reste de l’équipe prend la tête du convoi. Avec moi dans le Master, Cyril, Frank  et Vivaldi !    Nous interrompons fréquemment notre voyage retour vers les Pyrénées. Lumière de matin et lacs d’eaux de fonte ! On ne résiste pas ! A notre approche des montagnes, nous constatons que les orages de vendredi ont distribués un peu d’hiver. Mais quelle merveille ! Comme à l’aller Frank a pris le volant. Je peux faire le touriste. La BO d’Himalaya accompagne idéalement l’instant. De part et d’autre de la  » frontière  » nous faisons une pause. Courses et café en Espagne où 3 percnoptères fond la ronde juste au dessus de nous puis courses et petit déj’ en France !145IMG_6576

Le retour est plus long et plus fatigant depuis que nous sommes sur l’autoroute. Vers 19hoo le Master foule de nouveau les routes de Vendée. Je suis très rassuré. Je n’étais pas sûr de la qualité de mon travail sur ses entrailles. Juste avant 20hoo nous voilà de retour à Réaumur. Chacun récupère ses affaires. Nous sommes crevés mais heureux !

Le projet était posé, la vie en a fait quelque chose de spécial, d’unique !

Nous étions partis en Aragon pour des nuits noires !                                                                                                                                                                      Nous revenons plein de lumières …

Samuel

 

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5 réflexions sur “Les nuits noires d’Aragon

  1. Merci pour cette ballade de vie vivifiante. Elle apporte par ce résumé bien composé une empreinte humaine qui fut la votre dans ce désert ibérique, avec cet espoir d’intimité en compagnie de l’infini. J’ai été ravi de comprendre votre envie, de ressentir votre pep, car l’énergie vous anime.

  2. Salut
    quel beau récit!
    je pars tout à l’heure pour une virée espagnole avec mon dob et je passerai peut-être par là-bas
    serait-il possible d’avoir par MP les coordonnées de vos hôtes?
    bon ciel 🙂

    • Oups ! Salut Gérard ! Désolé du retard, je viens de découvrir ton message en relisant mon texte … 🙁
      Il est donc trop tard pour l’adresse.
      Toutefois si tu voulais y retourner voici leur site : http://www.casaruraltresregiones.es/

      Ton blog est dingue ! De balade, de photos. Et quelles photos … WAAAH !!!
      Merci pour ton commentaire 😉
      A+ Sam

  3. Quel plaisir de vous lire et d’observer vos jolies photos ! Çà me fait rêver et, en cette fin de journée tristounette, votre enthousiasme et votre joie sont vivifiants !!! Merci beaucoup pour ce délicieux partage découvert un peu tard mais mieux vaut tard que jamais …
    ! A très bientôt ! Lydie

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